
Europan 18 – Fumel (47)
- Concours
- Type : Urbanisme & Architecture
- Localisation : Fumel (47)
- Architecte mandataire : Ugo Le Corre, Nicolas Falipou, Clemence Laville & Philippe Mialhe
- Statut : Non retenu
De rouille et d’eau
Au cœur de la vallée du Lot, le paysage a été modelé au service d’un modèle extractiviste : celui de l’industrie lourde, du travail à la chaîne, et des décisions prises ailleurs. Au cours de la seconde moitié du XXème siècle et du début du XXIème siècle, la ville usine de Fumel a progressivement subi des plans de délocalisation, des rachats successifs et une reprise par ses employés en coopérative, pour tenter de faire face au contexte industriel de plus en plus difficile.
En 2018, le site a définitivement fermé après une lutte ouvrière acharnée. Les promesses d’emploi sont parties avec les convois. Les machines ont été démontées, les brevets vendus, les capitaux déplacés. Ne sont restés que des hangars vides, des structures massives devenues ruines, un site lourdement pollué et des communautés locales laissées sans projet, sans voix.
Mais ce que l’on appelle aujourd’hui « friche industrielle » est en réalité le vestige d’un monde révolu, mais pas sans avenir.
Comment valoriser l’héritage matériel et immatériel de l’usine de Fumel pour en faire une mémoire active et une base de projection vers un avenir collectif ?
Comment transformer un site industriel pollué et délaissé en un levier de renaissance écologique, sociale et intergénérationnelle au cœur de la vallée du Lot ?
Comment redonner à la ville et aux habitants de Fumel les moyens de penser et construire un avenir autonome et pérenne ?

Faire ville
Situé entre les communes de Monsempron-Libos et Fumel, le site jouit d’une situation urbaine centrale et privilégiée. Ses vingt hectares se développent entre l’Avenue de l’Usine, axe apaisé depuis la création de la « Boucle de Fumel » et rénové depuis peu, et les berges du Lot, réserve de biodiversité, évènement paysager rendu navigable par la construction du transbordeur.
Le site est lui-même situé au coeur d’un ensemble plus vaste de ville-usine comprenant des cités ouvrières et un Parc des Sports, patrimoine remarquable et unique dans la région. Le projet veut reconnecter les différentes figures urbaines de la ville-usine fonctionnant en circuit fermé aux communes qui l’entourent. Pour cela, on créé des cheminements piétons reliant le Parc des Sports et le Crassier à la ville. On aménage l’espace public des cités ouvrières en ajoutant du mobilier urbain et des plantations d’arbres et d’arbustes. Le site de l’Usine s’ouvre également sur la ville en créant des RDC actifs dans les bâtiments le long de l’Avenue de l’Usine; dégageant des locaux destinés aux associations et entreprises locales. Le site s’ouvre également physiquement à plusieurs points d’entrées le long de l’avenue de l’Usine.
Il s’agit ici de réveiller la ville usine pour redonner à Fumel, la ville et ses habitants le pouvoir de veiller sur son territoire et les générations à venir. Pour cela, le projet s’appuie sur des pratiques collectives de coactivités autogérées, produisant des biens et des services destinés à l’usage commun – et inappropriables.

Régénérer les paysages
Sur les ruines de l’industrie, un centre de recherche sur la dépollution s’installe, dédiés à la recherche sur les sols, les nappes, les matériaux. La matière, loin d’être rejetée, est prise en compte dans toutes ses dimensions.
De façon progressive, le projet met en place un système de dépollution et de régénération des sols et de l’eau par les plantes. Afin de fixer la pollution, l’eau des sols est pompée et rejetée dans des bassins de phytoépuration où elle sera traitée. Cette eau pourra ensuite être rejetée dans le milieu naturel ou échangée aux agriculteurs locaux contre de la matière organique qui servira à régénérer les sols.
La stratégie pour les sols pollués diffère en fonction de leurs typologies : A l’emplacement de l’ancienne Fonderie, certains espaces bâtis seront dégagés. Leurs sols seront grattés et compactés sur site afin de créer des tumulus végétalisés, conçus pour concentrer les polluants et favoriser leur dépollution. Dans ces espaces bâtis désormais libérés, de la matière organique sera ajoutée afin d’amorcer un processus de régénération du sol et d’engager les premières plantations.
Les espaces extérieurs seront largement plantés d’espèces pionnières qui vont concentrer les métaux lourds présents dans le sol par phytoremédiation. L’espace public devient alors une grande exploitation agroforestière, une pépinière s’installe et les chercheurs du centre de recherche évaluent et suivent l’efficacité des processus.
Au Nord-Est du site, une forêt Miyawaki est plantée, dense, vivace, adaptée au climat de demain, pour infiltrer l’eau, fixer les sols, ramener de la fraîcheur et de la vie. Espace de production mais aussi de recherche et support d’une régénération de la biodiversité. Les déchets végétaux deviennent matières premières pour une autre économie, plus locale, plus circulaire.

Réapparition des savoirs-faire constructifs
Les savoirs, eux aussi, circulent : des salles de cours accueillent des écoles partenaires qui délocalisent une partie de leur enseignement. Des partenariats avec le lycée professionnel de Fumel sont mis en place; des workshop avec des écoles de la région sont également organisés. On y apprend à construire en bois, à penser l’énergie solaire, à forger autrement, à relier geste technique et sens écologique. On y apprend autant avec la tête qu’avec les mains.
Les élèves construisent leurs futures salles de cours en bâtissant des modules de bois qui viendront intégrer les halles industrielles rénovées. Ils participent activement à la reconstruction du site et participent à la réapparition des savoirs-faire constructifs, matériaux et techniques ancrés dans leur territoire..
Une Ressourcerie stocke et trie les vestiges du site pour leur donner une nouvelle vie dans d’autres projets sur site ou dans l’économie locale. Les rebuts deviennent ressources. Au fur et à mesure de la déconstruction du site, la Ressourcerie se structure et s’organise : de simple lieu de stockage, elle devient plateforme régionale de réemploi, elle stocke les matériaux qui vont être réutilisés et et les reconditionne en partenariat avec les Ateliers, elle s’ouvre au public et s’occupe de la gestion des matériaux pollués.
À l’ombre des anciens hangars, des ateliers vélo s’ouvrent pour rénover, réparer, transmettre des savoirs mécaniques simples mais essentiels. Un food-court s’installe dans la Halle Eiffel, proposant aux visiteurs les produits des agriculteurs de la région. Une capitainerie et un débarcadère permettent aux touristes de s’arrêter à Fumel au cours de leur croisière sur Lot et de découvrir la nouvelle ville-usine.

Se ré-approprier l’héritage industriel
Le musée de la machine de Watts est agrandi et intègre une exposition permanente sur la ville-usine. A côté, au cœur du site, un musée du vivant voit le jour : une serre tropicale à l’envers. Le visiteur commence son parcours dans l’obscurité du sol, entre couches géologiques, racines et matières premières fossiles, puis remonte lentement jusqu’à la canopée, guidé par la circulation de l’eau, jusqu’à l’évaporation. Ce voyage végétal donne à voir la puissance du vivant quand on cesse de l’exploiter pour commencer à le régénérer.
Développer une autonomie énergétique
L’objectif final doit être l’acquisition d’une forme d’autonomie. Mais celle-ci ne doit pas se limiter à une indépendance économique ou alimentaire : elle doit aussi être celle des savoir-faire et des connaissances nécessaires à l’activité quotidienne. C’est pourquoi un enseignement inspiré de l’éducation populaire doit permettre à chacun d’apprendre et de transmettre. Ce processus d’acculturation, vise aussi à reconstituer une organisation communautaire locale, réplicable à différentes échelles : un habitat participatif, un atelier manufacturier, une exploitation agricole, une gestion communale. Comme le souligne l’œuvre de Pablo Servigne, dans une situation d’appauvrissement des ressources, le développement d’une culture de la solidarité devient essentiel.

